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03 décembre 2004

Chapitre XXII - IV

Marc ne trouva pas le patron de La Môme Joyeuse. Et pour cause, le légionnaire reconverti dans le petit noir et l’anisette possédait u appartement, ailleurs, inconnu du jeune privé. Il trouva tout de même un mot punaisé à la porte de service : J’ai glissé une clef dans la pochette intérieure de ton sac, elle ouvre la porte qui te fait face. Il y a une chambre en haut de l’escalier. Bonne nuit. Ce Karl était décidément un personnage, il avait tout prévu. Dans la chambre, Marc trouva un lit recouvert d’une couette épaisse comme on en trouve dans certains hôtels de luxe, mais aussi, réunis sur un guéridon, du linge de toilette, un nécessaire complet de rasage encore emballé, et dans une petit panier d’osier, une brosse à dent neuve, des petits savons colorés, de l’eau de toilette et un peigne. Une petite douche escamotable occupait le coin opposé au lit. Marc posa son sac sur une table en bois de pin, à côté d’un bloc de papier à lettres et d’un bol empli de crayons et de stylos bille. Assis sur le lit, Marc fit du regard le tour de sa nouvelle demeure, pour une nuit tout du moins. Il se leva brusquement et s’agenouilla. Sous la table, à côté d’une petite poubelle métallique, scintillait les diodes d’un modem adsl.              

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02 décembre 2004

Chapitre XXII - III

Pour la première fois de son existence, Marc ne connut aucun trouble, aucune affliction. En deux jours seulement, il avait perdu sa famille, son emploi et son logement. Que pouvait-il lui arriver de pire, sinon de perdre sa vie, ce à quoi il s’était préparé toute la journée. Serein, il avisa une brasserie. Attablé tel un prince, le sourire aux lèvres et le verbe joyeux, il commanda une choucroute largement arrosée de vin d’Alsace et précédée d’un apéritif, un rien poisseux mais alcoolisé à souhait. Le service touchait à sa fin. Deux couples terminaient bruyamment un marc de Gewürztraminer lorsqu’il prit son portable et appela l’inspecteur Martin. Il devait s’agir d’un numéro à strict usage professionnel, le répondeur fut sa seule réponse. Il laissa ce message sibyllin : Inspecteur Martin bonsoir. Marc Pré à l’appareil. Je réponds à votre message d’hier. Très affecté par le décès de mon oncle Baptiste j’ai décidé de passer quelques jours chez des amis en Normandie. Je demeure joignable sur mon portable. Bonne Soirée. Marc Pré. Il s’offrit une dame blanche avec chocolat chaud et deux verres d’un kirsch glacé. L’addition réglée, il retourna à la butte, Karl lui devait quelques explications.

                  

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Chapitre XXII - II

Peu avant la fermeture de La Môme Joyeuse, j’ai récupéré mes seuls biens. Karl m’offrit un nouveau café et me signala le passage de l’inspecteur Martin. Elle semblait me chercher. Elle lui a posé beaucoup de questions à mon sujet. Parfois indiscrètes. Karl lui a répondu qu’il était bien trop occupé à servir ses clients que pour s’intéresser à moi. Elle ne l’a pas cru mais Karl s’en moque. Il a appris à se taire, il ne dira rien, quoi qu’il arrive. Une chose est sûre, la PJ s’intéresse à moi, de près. L’enquête de voisinage ne fait que commencer et je ne suis pas sûr que cela me soit profitable. Après mon second café, je pris mon sac à l’épaule pour regagner mon studio. La main de Karl me retint un instant. Le géant posa un regard prévenant sur moi, tout à fait inhabituel. Je remontai la rue avec sa phrase en tête : si tu cherches un toit ce soir, vient frapper à ma porte. Pourquoi devrais-je chercher un endroit pour dormir alors que j’ai mon studio ? Même s’il a été visité, les flics ne peuvent avoir emporté mon lit, mon réchaud et la douche. Il est vraiment bizarre ce Karl, ces années de légion dans la jungle guyanaise doivent avoir laissés des traces … c’est sûr. J’arrivais au coin de ma rue lorsque je fus happé par une odeur tenace de cendres chaudes, de bois brûlé, et de débris visqueux indéfinis. Des îlotiers bloquaient l’accès, deux véhicules d’intervention des sapeurs pompiers stationnaient encore, gyrophares allumés. Des inspecteurs à brassards orange s’agitaient et téléphonaient pendant que des hommes et des femmes en combinaison blanche réunissaient des cartons et des sacs étiquetés. Si tu cherches un toit ce soir, vient frapper à ma porte.

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30 novembre 2004

Chapitre XXII - I

Toute la journée suivante, Marc erra dans Paris. Se moquant des averses de pluie, il marcha le long des quais, sans but, sans projet, l’esprit saturé de pensées morbides. La mort de Baptiste le hantait, inévitablement, la sienne aussi. Serait-il sauvagement assassiné ou allait-il se jeter sous un RER à la station des Halles ? Peu lui importait. Qu’il ne réchappe pas à cette histoire, c’était une évidence. Volontairement, il n’avait pas emporté sans portable. Il s’avait que Martin le rappellerait, que peut-être un agent se présenterait à sa porte, ou, mieux encore, que l’on procède à la fouille de son studio. Il avait néanmoins pris soin de confier son ordinateur, son portable, son revolver et ses deux boîtes de cartouches à Karl. Sans poser une seule question, le bistrotier avait glissé le sac de sport sous son comptoir. Il étouffa un rire nerveux devant un vigile. Il passait devant le trente-six du Quai des Orfèvres. Il s’imaginait que l’on s’agitait dans les bureaux des derniers étages, des policiers le recherchaient, lui laissaient des messages, s’interrogeaient sur sa possible culpabilité, qui sait … c’était une affaire rentable le Rosaire de Montmartre. Et lui marchait tranquillement sous leurs fenêtres, étranger volontaire à toute cette agitation.

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28 novembre 2004

Chapitre XXI - IV

Statufié, Marc ne vit pas à l’écran le chiffre vingt-sept. Les prémices des premiers tremblotements se firent sentir. Il ne recevait jamais. La PJ aurait-elle pu ne pas attendre sa réponse … et venir le chercher chez lui ? Impensable. Il décida de ne pas bouger, d’ailleurs il n’aurait pu. Aucun bruit nouveau. L’horloge de l’ordinateur égrainait les minutes dans un silence quasi monacal. Le crissement de la chaise sur le plancher de bois fut le premier son à venir troubler cette inquiétante tranquillité. Il fallait y aller, en avoir le coeur net, ouvrir la porte et se  rassurer. Marc extirpa du dessous d’une pile de pulls un Glock neuf millimètres Parabellum, celui-là même qu’il avait confié à son héroïne de blog, Barbara. Sb Cette arme était le seul héritage du privé au service duquel il avait débuté. Du reste, il s’était toujours demandé à quoi pouvait bien servir ce genre d’artillerie dans des affaires d’adultères … Le cran de sûreté dégagé, il s’approcha de la porte, arme au poing. Avec une rapidité qui le surprit, il tourna la clé, bascula la poignée, écarta la porte d’un coup sec, actionna l’interrupteur et inonda le couloir d’une lumière fade. Le visiteur avait disparu. Mais il avait laissé sur le paillasson une enveloppe de papier kraft. Marc ne failli pas la voir. Il s’enferma à nouveau et  la décacheta. Elle contenait un imprimé, une reproduction d’un tableau du XVIème siècle, La décollation de Saint Jean-Baptiste. Il était accompagné d’un bristol, identique à celui que Karl avait dérobé dans la boutique de son oncle.

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Chapitre XXI - III

Marc fut emporté par une nouvelle bouffée d’angoisse. Il savait que la police le trouverait et l’interrogerait. Il devrait expliquer pourquoi son oncle le payait pour consigner chaque allée et venue dans sa boutique, expliquer pourquoi il avait déserté son poste hier, expliquer ce qu’était ce blog et ces histoires de décapités. Malgré le froid de la fin novembre qui s’insinuait dans son studio, Marc transpirait abondamment. Le stress sans doute, l’angoisse aussi, mais certainement la peur. Il quitta tous ses vêtements et prit une nouvelle douche, écourtée par la défaillance chronique de son cumulus d’eau chaude. Finalement apaisé, il reprit son ouvrage d’inventaire des suspects, sans plus se soucier du message de l’inspecteur Martin. Au fur et à mesure qu’il passait en revenue ses carnets, la liste s’allongeait et son inquiétude resurgissait. Il était temps de croiser ces entrées. Mais selon quel critère ? Si Baptiste avait pris peur, cela ne pouvait être un habitué. C’était un homme, et non un couple. S’il portait l’habit d’un religieux, son oncle le lui aurait dit. Restait donc à sélectionner les hommes de passage âgés de vingt-cinq à cinquante ans … pour commencer. Le résultat du tri s’afficha lorsque l’on frappa à sa porte.

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Best of 1996

Rj Au rugby d’hier soir, et ses All Blacks conquérants, j’ai préféré revoir un des premiers succès du metteur en scène américain Baz Luhrmann (Moulin Rouge) Roméo + Juliette. Cette adaptation, à la fois moderne et baroque, a pour mérite, parmi bien d’autres, de rendre accessible l’œuvre de Shakespeare à un public pas toujours coutumier des salles du théâtre classique. Et comme au rugby parfois, la fin est toujours une tragédie …

27 novembre 2004

Chapitre XXI - II

Marc demeura cloîtré toute l’après-midi. Après avoir pris une douche bouillante et vider sa boîte de café soluble il s’était installé à son bureau. Il avait surfé un peu, consulté d’autres blogs sans idée précise de ce qu’il y cherchait ou allait pouvoir y trouver. Sur les sites d’information, on évoquait encore le meurtre de Baptiste Pré, mais sans plus. Il considéra les carnets à spirale négligemment empilés. L’assassin de son oncle y était peut-être. Il les reprit un à un, et à l’aide d’un feutre souligna les signalements à exclure : les femmes, les vieillards, les touristes et les bonnes sœurs. Il ouvrit un programme de gestion de fichiers et encoda les hommes seuls, les couples et même les curés. Pour commencer, il enregistra ses carnets les plus récents qui coïncidaient avec la création de son blog. Sur le mois écoulé, cela représentait déjà plus de cent quidams, dont en définitive il ne savait quasiment rien. Il n’avait filé personne ces dernières semaines et se contentait le plus souvent de descriptions sommaires, de  plus en plus convaincu de l’inutilité de son travail. Il allait s’attaquer au carnet du mois de septembre lorsque son portable vibra. Le numéro qui apparaissait était absent de son répertoire, et ne lui disait rien. Il ne prit pas l’appel et attendit le signal du message pour le consulter. C’était la voix d’une femme, assez jeune  encore. M. Pré, ici l’inspecteur Martin de la Police Judiciaire. J’enquête sur le crime du Rosaire de Montmartre. Nous avons trouvé vos coordonnées dans les dossiers de votre oncle, Baptiste Pré … Mes sincères condoléances … J’aimerais pouvoir vous posez quelques questions, simple routine. Pouvez-vous me rappelez  aujourd’hui encore ? Merci M. Pré.

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Chapitre XXI - I

J’ai du errer toute la matinée dans Montmartre avant de regagner mon studio. La fin du monde pouvait-elle être pire ? Je me retrouvais sans famille, sans emploi, dans un studio miteux, face à un ennemi que j ne connais pas mais qui lui ne doit rien ignorer de ma vie … Et puis il y a ce blog, j’ai envie de tout arrêter, d’effacer mes notes, de virer tous les fichiers, rideau … fin du blog noir ! Je me souviens ces paroles de Nougaro : il faut tourner la page … changer de paysage … Voilà une épitaphe de circonstance. Allez, je la poste … Et puis je pense à Baptiste, à l’horreur de la scène. Comment un homme peut-il en arriver à un tel niveau de barbarie ? Finalement, la nature humaine reste ce qu’elle est, l’histoire ne nous a rien enseigné. Les années passent et les monstres se déplacent. Je devrais me signaler auprès de la police, il faudra organiser ses obsèques, je demanderai un coup de main à Karl. Avec les habitués du quartier on devraient pouvoir faire quelque chose de bien.

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26 novembre 2004

Jazz en blog

George L'album a plus d'un an mais pour les inconditionnels, il mérite un détour : Irreplaceable de George Benson.

décembre 2004

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