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20 novembre 2004

Chapitre XVIII - IV

Club Un taxi l’amena de son hôtel au Club. Avant de partir elle avait passé une heure devant la télévision de sa chambre à zapper sur des chaînes européennes et internationales. Finalement elle s’était fixée sur un reportage de la BBC consacré aux nouveaux animaux de compagnie, les « nac », avant de regarder la rediffusion du journal du soir sur la  télévision francophone publique. Le journal ouvrait sur un fait divers. La tête d’un homme d’une cinquantaine d’années venait d’être découverte dans une chambre de l’hôtel Métropole, un palace du siècle dernier. D’après une source proche de l’enquête le mot atomium aurait été tatoué sur le front de la victime en caractères de sang.

L’attente à l’entrée du club dura moins d’un quart d’heure. L’heure était à l’affluence et les physionomistes, deux cerbères inquiétants, ne chômaient pas. Passée ce contrôle  et la caisse attenante, Barbara se faufila vers le premier bar. C’était une sorte de cube écarlate au milieu duquel s’agitait un jeune serveur tout de noir vêtu. Son bras gauche arborait un tatouage tribal à la signification incertaine. Très vite il remarqua sa nouvelle cliente et lui servit un mélange de whisky, de coca et de glaçons mastoc.

Deux écrans de télévision diffusaient des clips en sourdine. Un homme, la trentaine avachie, s’accouda au bar. Il voulu offrir un autre verre à Barbara. Il s’étonna de ne pas encore l’avoir vue, lui demanda si elle venait souvent, ce qu’elle faisait dans la vie, la complimenta sur sa blouse et se décida à l’inviter à danser. Le regard que sa voisine daigna finalement lui accorder le dissuada de poursuivre plus loin son monologue.

Une heure moins dix, elle se fraya à nouveau un passage pour atteindre cette fois le bar du milieu. Adossé à un mur, il devait être quatre à cinq fois plus grand que le cube. Derrière un zinc en arc de cercle, s’agitaient en tous sens plusieurs jeunes filles aux tenues suggestives. Barbara trouva une place à une de ses extrémités. De là, elle pouvait observer les clients du bar ainsi qu’une partie de la piste de danse.

Un frisson la parcourut. A l’autre extrémité du bar, se tenait, le sourire aux lèvres, Lohann Le Guennec.

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19 novembre 2004

Chapitre XVIII - III

Vache Barbara s’installa au bar de l’Ecailler du Palais Royal, un restaurant réputé pour ses poissons et crustacés, situé sur la Place du Sablon qui accueille, chaque dimanche matin, le marché des antiquaires. Cet été Bruxelles accueillait l’exposition Art on Cows. Un concept original d’exposition urbaine basée sur la décoration par des artistes de plusieurs centaines de vaches disséminées dans toute la ville.

A la carte, elle prit des huîtres de Colchester en Champagne et les fit suivre par un blanc de turbot clouté de truffes, accompagné de choux verts braisés  au jus. Elle passa le repas à bavarder avec un couple de lyonnais de cuisine et de reptile. Tous deux travaillait dans une société de business angels. Pour saluer leurs performances, ils s’étaient vus offrir un week-end de charme prolongé.

Après un café arrosé d’un Armagnac hors d’âge, la jeune inspectrice française reprit le chemin de son hôtel pour s’y changer. A son arrivée, le réceptionniste lui précisa que son colis n’avait pas été livré par un coursier mais déposé par un homme en début d’après-midi. Il ne pouvait en dire plus, n’étant pas de service à ce moment.

Nue devant la penderie de sa chambre, elle choisit pour sortir un ensemble noir, pantalon classique à pinces et blouse diaphane. Tout en rétablissant un savant désordre dans ses cheveux, elle consulta son blog. Plusieurs commentaires lui renseignaient des adresses de restaurant, de musées, de boutiques diverses, une jeune femme l’encourageait dans sa  quête et rendez-vous lui était fixé.

Ne m’oubliez pas Barbara. Je serai au bar du milieu, à une heure. Là, commencera votre évangélisation.- Le Précurseur -

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Chapitre XVIII - II

Mirano Très vite la page d’accueil de la boîte de nuit apparut. Ancien cinéma dans les années cinquante, le lieu était devenu trente ans plus tard un des rendez-vous nocturnes les plus prisés de la capitale. Une clientèle, souvent aisée, s’y donne rendez-vous en fin de semaine au son de la techno ou de la house. Barbara s’apprêtait à sortir lorsque Fagnar se manifesta.

Bonsoir chef, c’est Laurent, j’ai quelques infos pour vous. Tout d’abord Louis Marin. Il n’a pas réapparu à la rue de Chevreuil. Et à Trousseau, les infirmières que j’ai rencontrées m’ont confirmé que Blanchart ne recevait aucune visite. Marin nous a menti !

Je m’en doutais. Et pour l’appartement de Blanchart ?

Ca c’est assez drôle chef. J’ai rencontré le petit couple qui habite l’immeuble. Il se trouve qu’il croisait régulièrement en début de soirée une femme assez forte qui restait chez Blanchart une heure environ. Il s’agit d’Assomption Velasquez, on a une fiche à sur elle pour …

Je sais pour quoi Laurent !

Ah bon ?? … Pour la livraison de ce matin, je dois contacter le la société qui l’a effectuée lundi. Les services administratifs sont fermés aujourd’hui.

A ce sujet, vous recevrez lundi un sixième colis. C’est moi qui vous l’envoie. Faite le suivre à l’Institut et contactez l’ambassade américaine, il va falloir organiser le rapatriement du corps de Jim dans l’Alabama.

C’est noté chef … c’est sympa dans le Nord ?

Très … très sympa … ce soir je sors.

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18 novembre 2004

Chapitre XVIII - I

Tapis_de_fleurs Laurent Flagnar était injoignable. Etonnamment elle laissa un message enjoignant à son inspecteur de la rappeler. Ensuite, elle nourrit son blog.

Le carillon voisin sonna sept heures. Il était temps de se rafraîchir et de penser à manger. Barbara choisit un bain plutôt qu’une douche. Elle adorait ces petites corbeilles de palaces où l’on trouvait savon, huiles, crèmes, shampooing, lime à ongle, peigne et parfois, c’était le cas, des échantillons de parfum.

Une heure plus tard, sur le balcon, elle sirotait un whisky, vêtue d’un jean noir et d’un dos nu assorti. Le centre-ville redoublait d’activité. La quiétude estivale emplissait les terrasses de bars et de restaurants. Sa note avait suscité un commentaire.

Demi : se dit d’un verre de bière qui contenait à l’origine un demi-litre, un quart aujourd’hui. Cette précision de vocabulaire faite, j’ai grande impatience de voir vos photos. J’espère des autoportraits. Quant aux tuyaux, après votre dîner, je vous suggère de sortir au Mirano Continental. Repos : moment de calme, de répit. Avant la tempête ? – le Précurseur -

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Chapitre XVII - IV

Un chasseur se présenta à la porte de la suite ; un très jeune garçon polyglotte qui profitait des mois de vacances pour parfaire son stage hôtelier. Il remit à Barbara un paquet de la taille d’une boîte à chaussures et s’en retourna avec un coquet pourboire. L’emballage était très particulier, il s’agissait d’une page de l’édition du Parisien, datée du jour. Un entrefilet y faisait mention de la découverte, la veille, d’une tête suspendue dans les escaliers de la Tour Eiffel. Une enveloppe blanche était glissée sous le nœud d’un ruban noir. Le mot avait été dactylographié sur une carte de vélin crème.

« Viviane Bompart », où avez-vous déniché un pseudo aussi ridicule ? Je suis déçu. Mais, néanmoins, très heureux de vous savoir tout près de moi. J’ai omis de vous restituer ceci au Quai. Mais où avais-je la tête ?

Sous le papier, la fraîcheur d’une boîte thermo en polystyrène ne surprit guère l’inspectrice. Sous plusieurs tranches de carboglace, elle trouva un sachet de plastique hermétique contenant le sexe  de Jim Colbert.

Quand je te trouverai, je te ferai voir avec quelle dextérité je tranche la viande ! Barbara appela la réception et commanda un coursier pour une livraison à Paris, lundi matin. Elle glissa le colis dans le compartiment freezer du frigo et lança une recherche sur le net à propos du Précurseur.

Saint Jean-Baptiste, le précurseur du christianisme selon les Evangiles. Il mena une vie ascétique dans le désert, et baptisa Jésus dans l’eau du Jourdain. Arrêté sur l’ordre d’Hérode Antipas, il fut, à la demande de Salomé, décapité.

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17 novembre 2004

Chapitre XVII - III

Le_prcurseur La  rame, lancée à plus de deux cents cinquante kilomètres  heure, laissa l’aéroport régional de Lille sur sa gauche. La frontière fut vite franchie. A nouveau, les voies longeaient une autoroute, cette fois celle qui relie Tournai à Bruxelles. D’une région francophone, on traverse une région néerlandophone pour atteindre en définitive une troisième région, bilingue. C’est aussi cela le surréalisme belge.

Sur la gauche un canal et sur la droite, un peu plus tard, le Palais de Justice. Vu du train, il semblait posé sur une butte. Tout comme le Sacré-Cœur à Paris, pensa Barbara. Les deux pouvoirs se faisaient face, telles les tours d’un jeu d’échec, de part et d’autre d’une frontière.

La frénésie qui régnait à la Gare du Midi la rassura. Au bas de l’escalier mécanique elle fut accueillie par un trio improbable composé d’un saxo, d’un violon et d’une contrebasse, surmonté d’un calicot au slogan sans équivoque : « Bravo &  bienvenue à la maison, Béa l’Enarque ! » L’Europe des échanges était donc bien en marche.

Elle trouva sans mal un taxi qui la déposa en moins de dix minutes au pied de la marquise de son hôtel. Un portier en habit d’inspiration anglaise l’invita à se rendre dans le hall climatisé. Elle y retira sa clef magnétique et découvrit sa suite junior. C’était un espace, selon la formule consacrée, cosy. Tout y était fait pour rassurer le client : fauteuils moelleux, salle de bain démesurée, lit « king size », téléphone, fax et connexion internet sans oublier une kitchenette au frigo surabondant et un balcon avec vue sur l’archange Michel terrassant le dragon : la flèche de l’hôtel de ville.

Barbara enregistra sa première note et consulta ses messages : un spam, une publicité d’un groupe de vente par correspondance et un message signé Le Précurseur.

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Chapitre XVII - II

Thalys Les voitures de seconde classe étaient bondées, celles de première offraient plus de tranquillité et de liberté. Plan Vigipirate oblige, elle casa son bagage dans la galerie au-dessus de sa place. Ecouteurs aux oreilles, Barbara regardait par la fenêtre, sans vraiment voir. Derrière une grille métallique un Eurostar, portes fermées, patientait avant de se lancer en direction de la Manche.             

Après son départ, le chef de bord du Thalys prévint du départ imminent. L’interprétation néerlandaise de l’annonce provoqua une vague de sourires dans la voiture. Barbara, quant à elle, les yeux mis clos, se laissait envoûter par le son de Brad Mehldau.

Passé le gril de Paris Nord, le train prit de la vitesse, s’arrachant au brouhaha urbain pour la périphérie, la banlieue et les premiers champs ceinturant les pistes de l’aéroport de Roissy - Charles de Gaulle. Une voix, féminine cette fois, avertit les passagers de l’ouverture de la voiture bar. Se hâtant dans le calme, Barbara revint s’asseoir avec, dans une main, un petit café brûlant et, dans l’autre, une mignonnette de whisky, tous deux décidément trop chers.

La ligne à grande vitesse longeait maintenant une portion de l’autoroute du Nord. Plusieurs voyageurs somnolaient déjà. On percevait les froissements des pages d’un journal, la discussion étouffée de deux jeunes asiatiques toute pomponnées et parées des attributs du prêt-à-porter de luxe, ainsi que le timbre d’un clavier de portable.

Mon blog est une quête. La quête de moi-même mais aussi celle des autres. J’ai besoin de la vérité, j’y suis prête. Chaque jour, je vais vous parler de moi. De ce que je fais comme de mes pensées, de mes coups de cœur ou de gueule. De mes souvenirs, de mon enfance, de mes manques. De mes rencontres aussi, d’un dîner ou d’une nuit. Et peut-être, au milieu de tous ces posts, pourrais-je découvrir la force de me trouver. Ne m’en voulez pas d’avoir choisi le noir, on ne peut trouver plus sombre !

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16 novembre 2004

Chapitre XVII - I

Gare_du_nord_1 Dans le taxi, Barbara écoutait distraitement les informations d’une radio périphérique. La journaliste évoquait la canicule et ses victimes. Un médecin urgentiste parisien répondait vertement à son Ministre, par média interposé. De l’ignorance, du fatalisme, et parfois de la bêtise, des centaines d’innocentes victimes disparaissaient pour reparaître, par un jeu d’écriture, dans les statistiques nationales, colonne victime de la canicule. Au même moment, une poignée de policiers, l’élite de l’investigation et du débusquage, traquait un quidam, adepte du coutelas et du blog.

Tout cela mériterait d’être remis en perspective conçut-elle. L’affluence de véhicules aux abords de la Gare du Nord ralentissait la progression du taxi. Le chauffeur, un grand sénégalais patibulaire, ne cessait de dévisager sa passagère dans son rétroviseur. Barbara n’en avait cure, elle considérait la foule des retardataires qui, tant bien que mal, traînaient des valises trop grandes ou trop lourdes, parfois équipées de roulettes sous dimensionnées.

La salle des pas perdus résonnait de bruits de toutes sortes, des annonces de départs et d’arrivées, des appels pour des enfants égarés, des cris, des invectives ou le crissement caractéristique des freins d’une rame TGV. La gare était une représentation quasi parfaite de la société, avec ses emballements, ses errances, sa patience et ses contrariétés. Un couple de pigeon roucoulait, juché dans la charpente de la verrière. Les moineaux, eux, coursaient les mies de pain ou se disputaient un fond de bol de cacahuètes.   

Barbara se sentit heureuse. L’idée de quitter une ville pour une autre, de voyager lui était agréable. Cela faisait trop longtemps qu’elle sillonnait les rues de Paris à la recherche d’une petite frappe, d’un truand notoire ou d’un tueur en série de petites vieilles. Elle retira son billet au guichet automatique, le composta et remonta le quai en direction de la voiture onze.

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Chapitre XVI - V

Oeufs Barbara la composerait dans le train. Elle voulait y réfléchir, et trouver le bon angle d’attaque. Après un nouveau café elle commanda un taxi pour se rendre à Paris Nord et tenta  à nouveau de joindre Lohann, sans succès.  Elle s’apprêtait à se cuisiner une omelette aux truffes lorsqu’un appel du docteur Van Cloedt la retarda.

-      Bonjour inspecteur, comment allez-vous ?

-      Bonjour Eva, ça va, et vous ?

-      On ne peut mieux. Je vous avoue que je n’avais pas trop envie de travailler ce week-end, mais depuis hier, grâce à vous, je ne le regrette pas. Enfin bon, j’ai examiné le contenu de vos colis. La comparaison de l’ADN le confirmera, mais il s’agit bien du corps de Jim Colbert. La découpe des membres est identique à ce que nous avons déjà constaté hier, et …

-       … et le tatouage ?

-     Très frais, assez bien dessiné je dois dire … je vous enverrai une photo. Par contre, il y a quand un petit truc qui m’intrigue, le jeune Jim n’avait plus d’appareil  génital à son arrivée à l’Institut … vous êtes sûre que l’on m’a  livré tous les cartons ?

-      … évidemment ... !!!

A quoi jouait ce malade ? Barbara rédigea précipitamment un mail pour Fagnar. En deux mots elle le chargeait de lancer une recherche dans les archives de la crim afin de vérifier si ce mode opératoire était vraiment nouveau.

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15 novembre 2004

Chapitre XVI - IV

Un contretemps fâcheux m’oblige à annuler notre rendez-vous de ce soir. Néanmoins, je vous propose de le reporter à demain, même lieu, à douze heures trente. Pour me faire pardonner, je me permettrai de vous faire déposer quelques spécimens de timbres rares à la réception de l’hôtel que vous m’aurez désigné. Vous pourrez ainsi, vous faire une idée de ce dont je dispose. Avec mille excuses et mes meilleurs sentiments,

Atomium.

A nouveau un sourire. Cet imprévu n’avait rien de naturel.

Cher Atomium,

Merci pour votre message. Reportons donc notre rendez-vous, comme proposé. Je descends à l’hôtel Amigo. Vous pourrez y déposer vos timbres en toute sécurité.

Au plaisir de vous rencontrer, cordialement.

Viviane

Heureusement que Barbara avait songé à s’inscrire sous le pseudo de Viviane Bompart. Pas un mot à propos des colis livrés ce matin au Quai. Atomium et le Serial Blogeur pourraient être une seule et même personne. Depuis l’avènement des trains à grande vitesse, Bruxelles est finalement à peine plus éloignée de Paris que Lille.

I Hear A Rhapsody, le premier titre de l’album Too Sweet, du français Petrucciani associé à Lee Konitz, coulait en elle. Cet iPod était vraiment le lecteur qui lui fallait pour s’isoler dans la réflexion, sur ses morceaux préférés. Elle créa son nouveau blog en quelques clics, la mise en page, les titres et sous-titres, une carte de visite aussi succincte qu’énigmatique et une photo de son serpent corail, Robert. Tout était prêt, restait à rédiger une première note et rendre sa page publique.

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décembre 2004

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